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Wednesday, May 12, 2010

L’interaction entre pathogène et insecticide affecte la santé des abeilles



ngestion de Nosema par une abeille.
© INRA / Claudia Dussaubat
Spores de Nosema. © INRA / Claudia Dussaubat
Jusqu'à présent, la majorité des études visant à expliquer les mortalités massives d’abeilles se sont focalisées sur un seul facteur de stress (pesticides, pathogènes…). Plusieurs équipes de chercheurs de l’INRA ont analysé les effets de l’interaction entre un champignon pathogène et un insecticide sur la santé des abeilles. Ils montrent pour la première fois que l’effet combiné induit un taux de mortalité plus élevé que chaque agent seul.


Face aux mortalités massives observées chez les abeilles, les chercheurs de l’INRA ont testé l’hypothèse d’un syndrome multifactoriel en analysant les effets interactifs entre un pathogène et un insecticide sur la santé de ces insectes. Ils ont ainsi démontré pour la première fois que l’interaction entre ces deux agents affecte de manière significative la santé des abeilles.
L’imidaclopride est un insecticide à usage agricole largement utilisé. Malgré un pourcentage élevé de ruches contenant des résidus de ce produit (en France, plus de 50 %), il est souvent difficile d’établir un lien entre son utilisation et le taux de mortalité des abeilles. Le champignon Nosema ceranae a été rendu responsable de pertes massives d’abeilles en Espagne, et associé à des pertes aux Etats-Unis. Nosema altère la nutrition de l’abeille en colonisant l’intestin, et perturbe le comportement alimentaire. Il induit une consommation plus importante de nourriture énergétique chez l'abeille (stress énergétique).

Les chercheurs ont étudié les effets de l’interaction de ces deux agents sur la santé des abeilles en examinant différents éléments : la mortalité individuelle et le stress énergétique (mesuré par la consommation de saccharose), l’immunité individuelle et l’immunité sociale (de la colonie). Comme insectes sociaux, la santé des abeilles n’est en effet pas seulement individuelle, mais elle dépend également du fonctionnement global de la ruche.

Les résultats montrent que l’effet combiné entre Nosema et l’imidaclopride, à des concentrations rencontrées naturellement par les abeilles, induit un taux de mortalité et un stress énergétique significativement plus élevés que chaque agent seul.

Si au niveau des individus, aucun effet sur l’immunité des ouvrières n’a été observé, l’action combinée des deux agents testés affecte l’immunité de la ruche. Pour tester cette immunité au niveau de la colonie, les chercheurs ont mesuré le taux de production de la glucose oxydase. En effet, cette enzyme permet la production d’antiseptiques (H2O2) dans la nourriture de larves et le miel, et donc de prévenir toute contamination de la nourriture. Alors que Nosema et l’imidaclopride seuls n’ont aucun effet, leur combinaison provoque une réduction significative de la production de glucose oxydase. Ceci suggère sur le long-terme, en plus des effets immédiats de ces deux agents sur la mortalité des abeilles, une sensibilité accrue de la ruche aux pathogènes, due à la diminution des antiseptiques produits.

En se focalisant sur les effets des pesticides ou pathogènes seuls, leurs effets synergiques ont longtemps été ignorés. Cette synergie entre agents pathogènes et doses subléthales de pesticides est par ailleurs bien établie en lutte intégrée contre les insectes ravageurs.

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